Le Castellet, France, © Marva A. Barnett










Figures de style tirés de Phèdre, Acte I, par Jean Racine

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On peut lire Phèdre à Wikisource :
http://fr.wikisource.org/wiki/Ph%C3%A8dre_(Racine)#ACTE_I

Quelques bonnes analyses et interprétations faites par les étudiants de FREN 332

Mais notez bien que ce n'est pas tout ce qu'on peut dire au sujet des figures de style
et qu'il y a des figures dont ces étudiants ne parlent pas (« l'antithèse » dans numéro 3, par ex).

1.  « La fille de Minos et de Pasiphaé. »  (Hippolyte, I, i, 36 = dit par Hippolyte dans Acte I, scène i, vers 36). 

Voici deux exemples de bonnes analyses / interprétations :

Avec cette périphrase, Hippolyte évite de nommer Phèdre tout en soulignant la dualité de sa situation et de sa personnalité.  Comme la fille de Minos, de roi de l'enfer, et de Pasiphaé, la fille du Soleil, Phèdre combine en elle-même l'obscurité et la lumière, le noir et le blanc, la mort et la vie.  On pourrait dire qu'avec cette périphrase Hippolyte présage le tourment de Phèdre à travers la tragédie.

Cette périphrase sert à rappeler au lecteur les origines de Phèdre. Cela est important parce que Pasiphaé, la mère de Phèdre, était tourmentée par le désir; la passion irrationale causée par Vénus et sa malédiction sur la famille est un thème central dans la pièce.  Hippolyte dit que “cet heureux temps n’est plus” depuis l’arrivée de Phèdre.  Elle amène la malédiction de sa famille à Athènes.

 

2.         Noble et brillant auteur d'une triste famille,
            Toi, dont ma mère osait se vanter d'être fille,
            Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois,
            Soleil, je te viens voir pour la dernière fois. (Phèdre, I, iii, 169-72)

Voici deux exemples de bonnes analyses / interprétations :

Cette métaphore sert à décrire le soleil comme le père, le chef de la famille, d’une manière plus poétique que de dire, “chef d’une triste famille.”  En disant « auteur », Phèdre met la responsabilité sur l’auteur, d’une manière subtile, comme s’il est le créateur de la famille, et comme s’il a causé la tristesse. En plus, en parlant au soleil en apostrophe, Phèdre fait deux choses:  1) elle donne de la «  vie » au soleil, comme s’il était un vrai homme, un personnage; et 2) en donnant des qualités humaines au soleil, Phèdre peut «  lui » parler et exprimer toutes ses pensées aux spectateurs, sans parler avec un autre personnage.

C'est un exemple de l'apostrophe parce que Phèdre parle au Soleil, qui est absent; c'est aussi une périphrase quand elle l'appelle « noble et brillant auteur d'une triste famille. »  C'est alors à la fois une référence à la destinée tragique de sa famille et un « au revoir » émotionnel et dramatique à son grand-père.

 

3.  Je sentis tout mon corps et transir et brûler. (Phèdre, I, iii, 276)

Voici deux exemples de bonnes analyses / interprétations :

Quand Phèdre se sent à la fois et transir et brûler, c'est un oxymore parce qu'elle expérience au même temps deux sensations opposées.  Ses sensations physiques correspondent à la confusion qu'elle se sent au sujet de son amour, le chaud représentant son amour pour Hippolyte et le froid la peur et la honte qu'elle ressentit aussi.

Avec l’oxymore, Phèdre peut nous montrer qu’elle souffre beacuoup.  Transir et brûler sont deux réactions différentes que l’on sent dans une situation horrible.  L’amour que Phèdre sent pour Hippolyte, et le résultat (la honte), lui causent deux réactions.  En utilisant simplement deux mots opposés, Racine arrive à nous donner un vrai sens de la puissance de la souffrance de Phèdre.

 

4.         Depuis plus de six mois éloigné de mon père,
            J'ignore le destin d'une tête si chère;
            J'ignore jusqu'aux lieux qui le peuvent cacher.  (Hippolyte, I, i, 5-7)

Voici deux exemples de bonnes analyses / interprétations :

Hippolyte annonce à Théramène qu’il va à la recherche de son père.  En utilisant une synecdoque pour le décrire (“une tête si chère”), il nous montre son respect pour son père—ce qui est ironique en face de l’accusation que Thésée fait plus tard.  De plus, Hippolyte commence à parler du destin, un thème important dans Phèdre.  Est-ce qu’Hippolyte suggère que les lieux peuvent cacher le destin de quelqu’un?  Et peut-il donc fuir Aricie?

La synecdoque, «tête si chère», peut signifier la valeur de son père, le royaume, ou son père comme le roi.  Alors, on trouve dans ces trois mots l'idée de la centralité de Thésée pour Hippolyte et pour le royaume grec.